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 — mes rêves se brisent sur tes phalanges. (silas)

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Andreas Muñoz

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MessageSujet: — mes rêves se brisent sur tes phalanges. (silas)   Jeu 8 Sep - 18:15


-  mes rêves se brisent sur tes phalanges.
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SILAS & ANDREAS


Ne fais pas ça.

Personne ne lui avait dit. Personne ne l'avait empêché. Son voisin l'avait même encouragé, en lui tendant une énième bouteille de bière fraîchement éventée. Ne fais pas ça. Il avait hésité. Une seule seconde. Un seul instant. Avant de fermer son sac. Avant de ramasser ses clés. Avant de claquer la porte. De relever le col, et de se fondre dans l'ombre. Ne fais pas ça. Un goût d'interdit. Une saveur amère de revanche déjà dépassée. Il n'avait pas fallu beaucoup. Une photographie, un article. Un faux sourire, un brin de rien. Un doute. Ne fais pas ça. Assis au volant de la vieille Buick, les phalanges blanchies. La gorge sèche et les épaules lourdes. Des idées oubliées. Et des mensonges. Encore des mensonges. Il n'avait pas voulu y croire. Ni aux dires, ni aux images. Il connaissait, à force. La machine infernale. Ça faisait deux semaines qu'il rongeait. Son frein, ses ongles. Et des souvenirs qu'il essayait de mettre de côté. Les bons, les mauvais. Tout ce qui comptait, c'était l'attaque. Tout ce qui comptait, c'était la cause. Le cliquetis des bombes de peinture dans le sac jeté au pied du siège passager ne mentaient pas. Du rouge. Et du sang. Il avait des choses à cracher, des choses à cacher. C'était une mascarade. Et il venait lever le voile. Déchirer la toile. Impunément.

Un don du couple Heathcliff permet la création d'un centre d'accueil pour les plus démunis dans la banlieue de Boston. À se mordre les lèvres, il avait manqué de se blesser. Un rire malsain logé au creux de sa gorge. Des nuits éveillé, des heures à chasser. Des cernes sous les yeux, une enclume sur la nuque. Ne fais pas ça. Des foutaises, comme toujours. Il le savait, lui. L'héritier n'était qu'un pantin. Et le visage de sa femme, debout en arrière, était resté imprimé sur le fond de sa rétine. Mais peut-être pas autant que le sien. Un homme qu'il avait connu, des années auparavant. Un fantôme, un monstre vidé de toute substance vitale. Une poupée de cire, coupée de sang. Et le sien s'était arrêté dans ses veines. Teint pâle et vague à l'âme. Il connaissait le chemin. À contre-courant. Les phares pour l'éblouir et la nuit pour l'envelopper. Il ne touchait plus terre, depuis que c'était arrivé. Il s'était enfoncé, dans la masse sombre et poisseuse. Dans le coeur de la bête. Ne fais pas ça. Un reniflement, et sa main qui glisse sur paupières éreintées. Ça lui vrillait les tempes, vibration sourde. Des canons qu'il était seul à entendre. La ville derrière lui, et la vie aussi. Il n'avait rien à perdre. Rien à perdre, rien à gagner. Rien que l'honneur, rien que l'effort. Rien que l'horreur, rien que les morts. Un soubresaut. Battement de cils, battement de coeur. De travers. Inspirer, expirer. Essayer de retrouver pied. Les maux et les mots. Sur le bout de ses lèvres. Sur le bout de ses doigts. Pourquoi tu fais ça ?

Il avait du temps à passer. Du temps à tuer. Avant d'atteindre ce but à moitié oublié. Une boîte d'anti-douleurs posée sur le compteur. Il serrait les dents, pour mieux lever la garde. Même si tout était plus pénible. Ravaler les couteaux, ravaler sa salive. Le moteur arrêté. Et le silence. L'heure du loup. La plus sombre. La plus longue. Enfoncé dans les bosquets, invisible et insensible. Le kéfié remonté sur son visage. Des prunelles sombres. Et des mains qui tremblent. Comme ce souffle ténu, qui lui serrait la gorge. Un frisson, le long de l'échine. La morsure des débuts d'automne. Il y avait de l'air, ici. De la place pour vivre, de la place pour respirer. De la place pour se cacher. Une grimace, les traits tordus. Ses pas étaient trop lourds pour ça. Sa carcasse trop lente, malgré les entraînements. Il lui manquait quelque chose. Un bris de glace, un bruit de glace. Sa main glissée à travers la fenêtre, enroulée dans sa manche trop grande. Regard alentour, pour des voisins inexistants. La demeure était isolée. Une propriété, un domaine. Des rêves de riches enfants. Lumières éteintes, et ombres éparses. Il claudiquait, sur le parquet de danseurs évanouis. Le rouge à la main, l'arme au poing. Des doigts tendus, vers une maigre veilleuse. Posée sur le coin d'une table. Exactement comme avant. Le faux jour nimba les environs proches. Et les parois internes de sa boîte crânienne. Pour mieux projeter des images laissées au plus profond. Au fin fond des cartons. Rien. Rien n'avait changé. Et ça frappait dans son corps, et ça frappait dans son coeur. Le muscle prêt à se jeter contre les barreaux de sa cage thoracique.

La chaleur sur sa peau, et le souffle qui s'échappe. Il hallucine. Ça n'aurait pas dû. Ressembler à ça. Demeurer comme ça. La bouche sèche, un éclair fiévreux au coin des yeux. Il errait. Désemparé. Une brindille, lentement, en train de se briser au fin fond de son être. Une porte poussée. Un instinct suicidaire, peut-être. Pour mieux se haïr, pour mieux se détester. Il était allé trop loin. Il s'était aventuré. Dans des époques dépassées. Dans des fantasmes qui n'existaient plus. Il ne ressemblait pas à ce qu'il apercevait. Un croquis sur une table. L'oublier.
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Silas Heathcliff

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MessageSujet: Re: — mes rêves se brisent sur tes phalanges. (silas)   Jeu 8 Sep - 19:43


-  mes rêves se brisent sur tes phalanges.
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SILAS & ANDREAS

La joue pressée contre le bois chaud, des pelures de cacahuètes incrustées dans la peau et le cœur au bord des lèvres, Silas vagissait dans un état devenu trop commun. Loin de l’ombre de Boston, il permettait à sa douleur d’éclater au grand jour. Il la portait comme une énorme difformité avec l’air de défier quiconque viendrait à le juger. Habitué du petit bar, il ne suscitait plus qu’un vague intérêt parmi les habitués. Même Patty, l’éternelle mante religieuse avait cessé de lui porter intérêt quand elle avait compris qu’il ne se donnerait même pas la peine de la baiser dans les toilettes crasseux qui se trouvaient à l’arrière. On le servait parce qu’il payait rubis sur ongle et on le foutait dans un taxi quand il était l’heure d’éteindre les néons. Il disait pas grand-chose, il avait juste l’air d’un type passé à la moulinette, qui aurait traversé les enfers. Il fixait le fond de son verre comme s’il recelait quelque réponse ou recette miracle mais depuis le temps, ils avaient renoncé à lui demander ce qu’il voyait. Aussi cette soirée-là se passa-t-elle avec la même affreuse constante. Il prit sa place habituelle et attendit qu’on lui serve ses verres sans articuler un mot. Il fallut attendre deux heures pour qu’on le déloge de son tabouret, et trois personnes pour l’empêcher d’uriner contre le comptoir.

« Fuck you. » Qu’il souffla au chauffeur, quand celui-ci le réprimanda comme un gosse parce qu’il faisait la ventouse contre la vitre de la portière. Avec la même amabilité que quand l’homme lui avait dit qu’il ne pouvait pas l’emmener en enfer, parce qu’il n’avait pas de deuxième chambre dans son appartement et que le pourboire qu’il lui laissait était trop important pour qu’il lui impose la vue de sa femme au petit matin. Ironie. Mais elle avait trouvé un écho douloureux chez Silas qui l’avait considéré en hochant la tête et en lui présentant ses condoléances. Il ne pouvait que saluer, un autre compagnon de galère. Comme elle était partie, la nausée revint et il ouvrit la fenêtre, visage fouetté par l’air frais de la nuit. Pourtant il avait toujours la sale sensation d’être en apnée. Combien de temps qu’il coulait dans les mêmes eaux ? Il avait perdu le fil. Spectateur de sa propre existence. Douleur en continu. Il n’avait pas vu le bris de verre.

Il se cogna dans la commode qui se trouvait à l’entrée dans une pluie de jurons, renversa la lampe qui s’y trouvait dont le socle heureusement était en bois. Mais le bruit qu’il fit en heurtant le sol se répercuta en écho dans son crâne et le fit grimacer. Galopant comme un crabe jusqu’à l’évier, il se déboutonna avec précipitation pour s’y soulager avec un long soupir de contentement et avec une joie libératrice et presque salace, celle d’un gosse qui échappait au contrôle de ses parents pour quelques heures. C’était l’essence de cette maison. Sa demeure principale n’était guère mieux qu’une prison pour lui.

« What the fff-…. » Il avait bien poussé un hurlement juste avant, comme un animal pris au piège. Il avait saisi un bibelot, qu’il avait lancé à plus de 5 mètres de son point d’impact envisagé. Il l’avait vue, cette ombre pelotonnée dans son canapé. Mis quelques instants avant de parvenir à distinguer ses traits. A LE reconnaître. « Je deviens fou. Silas putain de merde t’as pas encore assez bu pour ces conneries… » Qu’il s’admonesta, s’arrachant une poignée de cheveux couleur flamme au passage. Ongles accrochés à la peau au niveau de son poignet. Lunes ensanglantées. La douleur se fit une place dans son corps, prenant l’empire sur ses sens brouillés et il resta là à fixer le fantôme, l’air hagard comme si le peu de vie qu’il contenait encore venait de définitivement le déserter. Parce que sous l’éclat malsain de la souffrance, il s’était soudain rendu compte qu’il était bien réel.
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MessageSujet: Re: — mes rêves se brisent sur tes phalanges. (silas)   Jeu 8 Sep - 20:58


-  mes rêves se brisent sur tes phalanges.
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SILAS & ANDREAS


Tout oublier.

Du bout des doigts, il avait suivi les traits sur le papier. La boule dans la gorge, le poids sur le coeur. Du bout des doigts, il avait effleuré un rêve trop vieux. Un rêve entier. Une version améliorée. Son corps au fusain. Son visage. Sa mâchoire. Le coin de son sourire, sa fossette. Un trou béant dans sa joue, un trou béant dans son âme. Tout oublier. Il aurait voulu le déchirer. Les déchirer. Tout déchirer. Chaque croquis, chaque estampe. Chaque trace de cette vie qu'il ne vivrait jamais. Au bout de sa cuisse, le poids s'était fait sentir. Une machine, une vieille carcasse. Un vide auquel il ne s'était pas réellement fait. Une odeur de chair, une odeur de poudre. Il secoua le nez pour chasser les images. Chasser les fantômes, chasser les démons. Chasser ces choses qui ne pouvaient pas avoir d'importance. Qui ne devaient pas avoir d'importance. C'était ridicule, c'était dérisoire. Tout oublier. Et la haine, et la colère. Et la peur, et les ressentiments. C'était une sensation lointaine. Un rêve à demi-éveillé. Peut-être qu'il ne l'avait jamais vraiment vécu. Peut-être que ce n'était qu'un cauchemar. Il attendait le réveil, alors. Le retour à la surface, après les minutes d'apnée. Haletant, suant. Désorienté. Tout oublier.

Un pas en avant, un pas en arrière. Des années, du passé. Il avait les paupières lourdes et les traits fatigués. La capuche était tombée de son crâne. Des boucles sombres, dans les reflets des rares lumières. Et derrière le foulard, les lèvres tremblantes. Rien. Rien n'avait changé, ou presque. Plus de livres. Plus de choses. Le temps était passé, malgré les apparences. Son poing s'était refermé impunément. Un morceau de papier qu'il n'avait finalement pas lâché. Insensible, incapable. Un pull abandonné là. Un couteau glacé avait glissé le long de sa colonne vertébrale. Pour mieux lui arracher des frissons macabres. Il tâtonnait. Une main toujours prête à le rattraper. Se rattraper. Contre-balancer ce métronome qui tentait de dicter le nouveau sens de ses pas. Un cliquetis. Les gestes étaient insensés. Il l'avait enfilé. Il n'y avait personne. il n'y aurait personne. Aucune trace de vie. Personne pour crier, personne pour le chasser. Peut-être avait-il arrêté de venir ici. Et la torpeur. Il y avait quelque chose qu'il ne contrôlait pas. Quelque chose dans l'air, qui flottait dans l'atmosphère. Le goût d'antan. L'odeur d'avant. Avant la mort. Personne ne viendrait. Personne ne le trouverait. Alors, il pouvait fermer les yeux. Rien qu'un instant. Quelques minutes. Quelques secondes.

Un fracas. Un bruit. Et la perte. Il ne savait plus. Où il était. Qui il était. Pour un instant, il avait enfin oublié. Coeur battant, souffle à court. La peur distillée dans ses veines, durant les années au loin. Elle, elle revenait pour un rien. Pour un craquement, pour un murmure. Un souffle trop fort, un son suspect. Il s'était tassé. Les yeux écarquillés. Des mots bloqués à l'orée de ses lèvres asséchées. Les épaules crispées, et puis la peine. Qu'était-il devenu ? Un ivrogne face à lui. Un inconnu, qui s'était glissé dans la peau d'un vieil ami. D'une vieille connaissance. D'un homme oublié. "Fffff-" L'insulte s'était étranglée, pour lui aussi. Irréel et impossible. Sa cage thoracique se soulevait de façon erratique. "Ffff- fuck." C'était sorti. Ça avait glissé. La peine et la tempête. En pleine alerte. Et plus la force, sous le choc. De remettre le masque sur son visage. Celui qu'il portait en toute occasion. Le masque du quotidien, le masque de la survie. Il avait menti.
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MessageSujet: Re: — mes rêves se brisent sur tes phalanges. (silas)   Dim 2 Oct - 15:25


-  mes rêves se brisent sur tes phalanges.
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Il aurait dû le sentir. Que le sanctuaire avait été brisé. Quelque chose dans la fraîcheur de la nuit aurait dû le mettre en alerte. Une chair de poule, les poils dressés sur son corps. Un instinct à peine émoussé par l’alcool qui noyait son sang. Mais rien. Et alors même qu’il affrontait le fantôme de tous ses songes, le néant complet l’envahissait. Emotions annihilées, il observait le spectacle comme à travers la vitre d’un aquarium. Sous ses ongles de la peau et du sang et à ses lèvres un début d’écume de rage. Il ne savait pas pourquoi ça le prenait soudain, mais dans ses veines coulait maintenant de la lave. Il en avait la nuque vrillée, douloureuse. Un haut le cœur, le poussa à attraper un vase qu’il chérissait et s’y accrocher. De la bile baignant le fond de ses dents.

Elle avait parlé, l’apparition. Et une ombre avait voilé son regard. Il y avait dans cette présence quelque chose d’à la fois honni et adoré. La céramique pressée contre son torse, il se forçait à faire entrer de l’air dans ses poumons mais le moindre geste était devenu catastrophiquement difficile. Comme si son corps requérait soudain tous ses neurones pour fonctionner de manière correcte. Pour les gestes les plus simples qui normalement ne demandaient pas de réflexion. La lave, elle, continuait de brûler toutes les fibres de son être.

« Qu’est-ce que tu fous là ? » Cracha-t-il enfin. Souffle rauque, charrié par la colère et la stupeur. « Oh merde. » Une nouvelle nausée et le contenu de son estomac était tombé au fond du pot. Tout son corps se contracta sous l’effort, lui coupant le souffle. Des larmes piquées aux coins de ses yeux pâles. Lui qui était habitué à vivre dans les souvenirs, n’avait pas mesuré la puissance de leur poigne sur son être. Il avait négligé pendant si longtemps ce que recelait le fond de son cœur qu’il était soudain secoué par la force de sentiments ankylosés. Fourmis au bout des doigts. A l’âme.

Il faisait l’amer découverte qu’Andy était devenu un homme, loin de son regard. L’on pouvait juger de bien des manières leur histoire, la vérité c’était que Silas n’avait été qu’un gamin, tombant amoureux d’un autre gamin. Jeune adolescent battu qui réalisait, loin de la coupe meurtrière du paternel, qu’on ne pouvait pas étouffer certaines flammes. Que le brasier n’en était que plus intense encore et qu’il laissait des traces immortelles. Celle du goût de sa bouche, de l’odeur de sa peau et de la chaleur de son corps quand il le possédait.

« QU’EST-CE QUE TU FOUS LA ? »
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MessageSujet: Re: — mes rêves se brisent sur tes phalanges. (silas)   Dim 2 Oct - 16:27


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Qu'est-ce que tu fous là ?

Il était tétanisé. Sans peur et sans reproches, sinon l'horreur et la colère. L'impuissance amère. Il n'avait rien à faire ici. Dans ce monde oublié, face à cette chimère. Reflet déformé d'un homme qu'il avait pu aimer. Miroir défectueux de ce qu'il était devenu, de son côté. Il s'était redressé, à la va-vite. Des points noirs dansant devant les yeux, et des étoiles dans la tête. Battements de cils et battements de sang. La gorge sèche, la langue lourde. Sans la verve et sans le flot. La bête s'était tordue devant lui. Prête à recracher le fruit de ses entrailles. Poing serré autour d'un papier qu'il avait déjà oublié. Dans le désordre, dans la précipitation. Il n'était plus sûr. De ce qu'il faisait, de celui qu'il était. Il avait mis à sac une paix qui lui manquait depuis des années. Et sur son dos, son odeur. Comme avant. Comme un mauvais rêve. Comme si à tout instant, il allait rouvrir les yeux. À nouveau dix-sept ans, à nouveau dix-huit ans. À nouveau l'innocence, et un simple cauchemar trop long et trop lourd à chasser. À nouveau dans ce lit, à nouveau dans ses bras. À nouveau entier. À nouveau.

Des années étaient passées, depuis ce temps-là. Depuis les heures passées en voiture, depuis les fins de semaine passées cachés. Enlacés, sans se lasser. Quand il lui souriait et que ça lui suffisait. À nouveau. L'air puait la mort, maintenant. Il portait l'odeur, sur ses vêtements. À même le peau, jusque dans son sang. Des bribes et des silences. Des mots, des maux, et des choses encore et toujours bloquées dans sa gorge. "Je-" Pas le temps de parler, pas le temps d'articuler. Il avait répété, il avait crié. Les épaules rentrées, une grimace instinctive. Les phalanges blanchies, et l'envie de fuir. Aveugle et aveuglé. "Ne crie pas, putain !" Un autre haussement de ton en réponse, et la peur, et la peine. Tout sauf ça. Tout sauf des cris, et des éclats. Le muscle cardiaque au bord des lèvres. Regard alentour, bête apeurée. Acculé, comme un débutant. "Je devrais pas être là, tu- tu devais pas être là..." Un souffle, à mi-voix. Supplique sans le nom. Il se sentait vide, il se sentait bête. Ils n'avaient rien à faire ici. Des sirènes dans la tête. Des signaux contradictoires. Ses convictions, ses mensonges. Ses raisons, ses sentiments. Des mélanges aléatoires, et un noeud au creux du ventre. Impossible de ravaler, impossible de rattraper. Les couteaux et les vipères. Et le papier, entre ses doigts. Un souvenir brouillé. Une image trop belle pour être vraie. "T'es totalement bourré-" Le seul argument qu'il lui restait. Se dédouaner, tenter de s'échapper. Même si il n'y avait plus d'issue, même si son corps était trop lourd. J'ai merdé, Silas. Si tu savais.

J'ai pas d'excuses. Mais tu sais que j'ai toujours détesté ça. J'en ai pas. J'ai pas de raisons, non plus. Je l'ai jamais eue, la raison. J'ai rien à faire ici. J'ai rien à faire nul part. J'avais rien à faire là-bas, d'ailleurs. Est-ce que tu sais, d'ailleurs ? Est-ce que tu sais, seulement ? Comment je déteste ce reflet que je croise dans les miroirs.
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MessageSujet: Re: — mes rêves se brisent sur tes phalanges. (silas)   Ven 28 Oct - 18:58


-  mes rêves se brisent sur tes phalanges.
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« Tu te fous de ma gueule ? C’est chez moi ici ! » Ca aurait pu être chez nous si t’avais laissé faire. Si tu m’avais donné le temps, de lécher mes plaies et de me laisser pousser une paire de couilles. Celles qu’il tenait dans ses poings et pressaient jusqu’à ce que je hurle et supplie et tombe dans les vapes. Ca aurait pu être chez nous. Maintenant c’est rien d’autre qu’un mouroir. Tu sais le courage qu’il faut pour se foutre une balle dans la cervelle ? Moi j’ai toujours pas trouvé.

« Putain bien sûr que t’as rien à faire là ! » Sur le même ton rageur, la voix tonnant dans l’atmosphère glaciale de la maison. Aux sentiments tendres se substituait la colère face au jeu mesquin qui lui servait. Sa présence ici était comme une grande claque dans la gueule. Après toutes ces années, c’était même comme un crachat dans la gueule, le pire que l’on puisse faire dans le style manque de respect. Comme une merde, il l’avait laissé derrière comme s’il n’était rien. Jamais une lettre, jamais un coup de fil. Rien qu’un vide affreux qui laissait place à toutes les horreurs possibles. Cent fois il l’avait imaginé mort. Le voir bien en chair devant lui n’avait aucune espèce d’importance. Il n’était plus qu’un fantôme, des traits de fusain sur de papier. Un rêve qu’il s’efforçait d’oublier.

« J’suis bourré si ça me chante ! » Il continuait à beugler, les muscles du cou tendus, la face rouge. Tous ses muscles lui faisaient mal à force de crispation. Toutes ces années de vide qui résonnaient en lui et lui faisaient mal. Une pierre sur le cœur, la langue comme du sable et le reste en miettes. Un autre fracas, objet brisé pour taire la dissonance de ses sentiments en lui. Cette fois il l’avait loupé de peu, à croire que la colère dissipait un peu de la brume alcoolisée dans laquelle il baignait.

« Espèce de salopard. T’as un putain de culot de te pointer là comme si de rien n’était. Tu t’es cru à l’hôtel ? Et c’est pas un de mes pulls ça ? » Un goût rance dans la bouche. Le dégoût de soi. Il se sentait comme près à replonger, pour mieux s’écraser à nouveau sur le roc d’indifférence qu’était le gamin. « J’VEUX QUE TU DISPARAISSES ! » Qu’il hurla, avec tant de force qu’il eut l’impression d’avoir vidé ses poumons de tout leur air. Dans le même temps, il avait donné un grand coup de pied dans la table basse qui avait volé à quelques mètres de là, dans un craquement de bois. Ses grandes mains agitaient de spasmes, se contractaient convulsivement.

Tu vois pas ? Qu’tu me fais mal ? Que c’est le coup de grâce que t’es en train de me coller ? Tu pouvais pas me laisser dériver tranquille ? J’en avais presque fini avec cette putain de vie. Comme un putain de château gonflable en fin de course qu’on s’obstine à vouloir rustiner et regonfler. J’suis fatigué de ce cirque. J’en peux plus.

« Toi, ta sale petite gueule… Disparaissez de ma vue ! Tu m’entends ? »

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MessageSujet: Re: — mes rêves se brisent sur tes phalanges. (silas)   Sam 29 Oct - 15:14


-  mes rêves se brisent sur tes phalanges.
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SILAS & ANDREAS


Et c'est pas un de mes pulls, ça ? Il luttait. Radeau de la Méduse à la dérive. Le long de côtes qui en présentaient plus de baies. Plus de port d'attache, plus de haltes possibles. Sinon se fracasser contre les récifs. Sinon couler en eaux profondes. Silas criait. Silas hurlait. Et ses explications confuses étaient inaudibles, des éclats qui se mélangeaient et s'éteignaient dans la voix trop forte d'un noyé désespéré lui faisant face. C'était un de ses pulls. C'était chez lui. C'était sa maison, c'étaient ses souvenirs. Ça n'avait plus de raison de tenir. Il n'était pas venu pour ça. Venu pour enterrer encore un peu plus profondément de trop bons souvenirs. Essayer de recoudre une plaie en y laissant la lame. Et c'était peut-être ça qui faisait le plus mal. La boulette de papier formée dans sa main s'échoua contre le torse du Heathcliff. Toi, ta sale petite gueule. Il criait par-dessus. Pour couvrir le bruit des mécanismes rouillés de son coeur. "Arrête de me dessiner sur tes mouchoirs, alors ! Ça te fait quoi ? Ça te fait bander, hein ?! Et pendant ce temps, ça te gêne pas d'enterrer ma putain de ville sous un fric dégueulasse-" Ça glissait. Ça lui manquait. Pente dangereuse, descente à pic. Toi, ta sale petite gueule. C'était insensé. Que ça le touche autant. Que ça le prenne aux tripes. Malgré des insultes, entendre parler de soi. Comme ça faisait, il y a des années. Comme ça manquait, depuis si longtemps. Entendre parler de soi à travers lui. Ta sale petite gueule. Gueule d'ange, gueule cassée. Gueule d'amour, gueule de bois. Rien que de la gueule. Toujours de la gueule. Pour cacher les visages, cacher des vérités. Cacher sa silhouette vacillante, son équilibre trop instable. Il avait rattrapé son sac, à l'arrachée. Rempli de projets avortés. Avortés par un simple contact, un simple souvenir. Sa simple odeur, et la chaleur sur son dos. Jeté dans ses bras, en le poussant à la foi. Et c'était terrifiant, mais il n'en avait plus la force. D'avoir peur, de se prémunir. Des feuilles qui glissent, des feuilles qui volent. Ses poings qui tombent sur son corps. Le pousser, dépasser. Mandibules serrées, expression rageuse. D'un coeur brisé, d'un corps déchiqueté. "T'es un putain de bâtard, Silas-" Un haut le coeur, un haut le corps. La tête qui tourne, idées qui fusent. Pour mieux frapper contre sa boîte crânienne. Un bruit trop fort. Assourdissant. "J'aurais mieux fait d'y rester, ça t'aurait arrangé." Du dégoût étranglé dans le fond de la gorge. Il voudrait fuir, puisqu'il en est ainsi. Mais ça reste, ça le bloque. Magnétique. Le haïr, encore et encore le haïr. T'as vu comme je t'ai aimé ? À en vomir. À en crever. Il faut beaucoup aimer, qu'il disaient. Beaucoup aimer, pour être prêt à faire autant de mal. Beaucoup aimer, pour se poignarder en même temps que l'autre. Beaucoup aimer, pour ne jamais vraiment réussir à tout oublier.
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