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 aarpie + all we do is drive

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MessageSujet: aarpie + all we do is drive   Lun 25 Juil - 5:30

All we do is think about the feelings that we hide. All we do is sit in silence waiting for a sign, sick and full of pride, all we do is drive.
What the hell do you think you’re doing ? Litanie du moment. Toujours la même réponse: no fucking idea. L’échange mental entre sa conscience révoltée et lui-même se manifeste presque à chaque étape de ses journées depuis… des semaines maintenant.

Il y pense lorsqu’on le contacte de l’hôpital à des heures indécentes et qu’il accepte en tentant de se convaincre que cette fois sera différente. Il y pense lorsqu’il dévisage son vestiaire comme un intrus, enfile sa blouse et s’y sent étranger. Incongrus. Imposteur. Il pense lorsqu’il parcourt les couloirs familiers et ne s’y sent plus à sa place, lorsqu’il accoste les patients armé d’un sourire rassurant alors qu’il se demande s’il n’est pas sur le point de les mener à la morgue. Il y pense quand l’une de ces boules d’angoisse, désormais coutumières mais non moins perturbantes, lui noue la gorge et que les nerfs lui broient la cage thoracique à l’idée de commettre un impardonnable impair. Quand il checke, double-check et vérifie encore, encore et encore les informations à sa portée, incapable d’imposer ses réflexions et ses diagnostiques ; toujours à deux doigts de faire marche-arrière, toujours prêt à s’en remettre à l’avis d’un collègue.

Il y pense lorsqu’on lui pose cette fichue question – You okay ? – et qu’il répond avec un sourire désarmant qu’il va on ne peut mieux, l’âme à l’agonie pourtant.

Il y pense lorsqu’il rentre et qu’Evie s'interrompt en plein trip nocturne vers les toilettes (la faute à la vieillesse, qu’elle dit, parce que tout est imputable à ses trente ans depuis qu’elle les a soufflés) pour lui claquer une bise sur la joue d’un air compatissant, lui demander s’il a besoin d’une collation de 3am et signaler qu’il tire une tronche de plus en plus cadavérique. Il y pense lorsqu’il retrouve enfin la chaleur des draps mais que l’épuisement ne suffit pas à détourner ses pensées de sa voisine de chambre.

Tu t’éparpilles. C’est ce qu’il se dit à chaque fois qu’elle surgit dans ses pensées, Poppy. Poppy. Barricadée derrière un mur infranchissable – à l’abris, loin dans cette chambre où il n’a mis les pieds qu’une fois, à la faveur de la nuit, pour un instant volé, une danse, une vulgaire parenthèse dans l’espace-temps. Mais ils ont fait une sorte de trêve ce soir-là et ils s’y tiennent depuis, damn. C’est ce qu’il regrette, Darcy. Ce « cessez-le-feu » qui les pousse à troquer les engueulades contre des pics contenus, vite avortés. Une ambiance un peu awkward, faussement décontractée, sacrément déplaisante en réalité. Elle est… plus abordable ; polie, placide, lissée, surface imperméable, sourire crispé. Plus inaccessible, fatalement. Politiquement correcte, comme lui qui marche sur des œufs, se mord la lèvre, tourne brusquement les talons lorsque le naturel menace de revenir au triple galop et de faire exploser l’équilibre précaire.

Ce qu’il fait, il n’en sait rien – c’est l’évidence qui s’impose lorsqu’il suspend son souffle dans le noir et tente de capter un son à travers la barrière, se demande si elle est seule ce soir. Ou en compagnie d’un autre. Why does it matter ? Ce n’est pas comme si elle avait des comptes à lui rendre. Il l’a promis, juré, craché : il n’y aura plus ni scène ni morale en enfer, même s’il doit s’érafler les paumes du bout des ongles pour s’obliger à se taire.

Et un nouveau jour se lève. Et un nouveau calvaire se profile. Lorsqu’il quitte sa chambre après deux heures de pseudo-sommeil, basket et survêt' enfilés pour son jogging matinal, la nuit recouvre encore Boston de son lourd manteau noir, à peine éclairé par quelques rayons de soleil timides. Avec l’équivalent d’une tasse de café serré dans les veines, il court jusqu’à en perdre haleine, jusqu’à sentir ses muscles flancher. Court jusqu’à ce que les réflexions incessantes s’entassent en vrac dans un coin de son esprit fiévreux, oubliées au profit de la douleur physique, immédiate, contrôlable qui lui offre un bref répit masochiste. Le retour à l’appartement est plus pénible, parce qu’il est vidé, brûlé ; et lorsqu’il franchit la porte Greer est là, à sautiller d’un bout à l’autre de la pièce en plaçant partout ses sacro-saints post-it. Sur la machine à café pour rappeler à Darcy que c’est à lui de renflouer le stock de sucre, sur le comptoir pour un message qu’il n’ose lire – à l’adresse de Poppy, sur le frigo pour une ébauche de liste de course à l’attention de qui voudra bien s’y coller dans la journée. Ce sera très probablement pour lui, parce qu’il ne retournera pas à l’hosto après une garde de nuit, mais il repousse la tâche à plus tard : déjà les pensées reviennent, boomerang. Les patients du moment, d'abord, mais aussi le seul élément manquant à la pièce. Poppy, Poppy, Poppy. Small talk sans importance avec la boule d’énergie humaine qu'est Greer à cette heure (c’en est indécent) et l’ombre d’une Evie qui bâille à s’en décrocher la mâchoire (la faute à l’âge, once again) dans le peignoir éponge qu’elle lui a volé il y a longtemps (taxe d’habitation, paraît-il), puis il prend son tour dans la salle de bain.

C’est au moment de sortir que tout se corse. Plus de Greer. Plus d’Evie. Juste une Poppy baignée de soleil, installée au comptoir avec son thé et le Boston Globe, réglée comme une horloge. Comme la routine bien huilée qu’ils partagent bon gré mal gré en tentant de ne pas se marcher sur les pieds, lorsqu’il bénéficie de ses matinées. Il parvient à tracer jusqu’à la cuisine sans la regarder, à ne jeter qu’un vague coup d’œil désintéressé à la clavicule crémeuse que dénude brièvement son kimono tandis qu’il noie ses doléances dans le nuage de crème et le sucre au café qui constitue sa deuxième tasse, et ce n’est qu’à la deuxième gorgée qu’il contourne le bar et son occupante pour s’installer à la table ronde sur laquelle il a laissé son ordinateur en veille après le travail.

« Du nouveau du côté des prétendants à la Maison-Blanche ? » Poppy épie les politiques comme d’autres stalkent les people – autrement dit, avec une passion qui a toujours laissé Darcy absolument perplexe. Il n’aime la lancer sur les dernières affres de l’épopée Obama ou les frasques Trumpiennes qu’avec l’espoir inavoué de la voir s’enflammer à l’encontre du second, taper du poing sur la table et faire glisser la soie sur son épaule ; plaisir coupable. A cette étape de la routine, il a du mal à se priver d’œillades répétitives dans sa direction tandis qu’il souffle sur sa boisson, mais peut miser sur deux sources de distraction : les informations extraites des dossiers de deux survivants à l’hécatombe causée par les organes d’un donneur – rescapés en sursis qu’il est supposé aider à tirer d’affaire, et une série de texto indésirables adressés par sa mère – dont l’ingérence et la persistance se font de plus en plus oppressantes depuis deux semaines.
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MessageSujet: Re: aarpie + all we do is drive   Mer 27 Juil - 0:04





Peut-être qu'elle n'avait pas besoin de passer à l'acte pour se qualifier en tant que renégate. Peut-être que regarder était déjà une trahison en soi. Jamais n'aurait-elle pu lui être infidèle. Jamais. Elle avait juré allégeance à son boudoir d'Arlington Street depuis qu'elle avait pendu son Inflammatory Essay au clou de l'entrée. ("C'est pas un peu violent, ton truc ?" avait demandé une Evie perplexe. Poppy avait gardé les yeux rivés sur le carré corail, fièrement minuscule au centre de tout ce mur blanc. Elle avait souri. "C'est de l'art. C'est censé l'être." – Greer, fidèle à elle-même, avait adopté avec enthousiasme un si proche cousin du post-it) Sa loyauté à l'appartement n'avait jusque là jamais été remise en question, puisqu'elle n'avait aucune raison d'aller voir ailleurs. Rent control, bonne lumière, excellente localisation. Elle était comblée. Comblée. Ce qu'elle se répéta une vingtaine de fois, tandis que ses doigts couraient le long des pages immobilières, entourant une offre sur Bay Village  à l'aide d'un stick de rouge à lèvres qui avait élu domicile dans la cuisine sans réelle raison depuis que Poppy l'avait estimé trop rouge. Lèche-vitrine absolu : la situation aurait pu être cent fois pire, il suffisait à Poppy d'imaginer la surprise abattue de Greer et Evie pour savoir qu'elle ne serait jamais parvenue à faire ses cartons. Pourtant, la colonne des pros était sur le point de tacler définitivement celles des cons. Age d'indépendance. Besoin d'apprendre la solitude. Murs de papier. Une unique salle de bain pour quatre. Distance boulot-dodo qui gagnerait nettement à être diminuée. L'énumération était longue pour qui se cherchait des bullet points. Pour qui avait encore l'infime éclat d'énergie nécessaire à prétendre éviter l'inévitable.

Car oui, elle se crispait quand il arrivait. Peu importe les mots qu'il mettait sur les vieux griefs, sur les nouvelles craintes. Car un pas en avant, deux pas en arrière. Le tango du déni commun. Car peu importe les efforts d'un côté comme de l'autre, les lèvres qui se pinçaient désormais là où, avant, elles se serraient plissées. Peu importe les tentatives de mieux s'entendre, de moins s'apercevoir. C'était noir sur blanc. Ça ne marchait pas. Ils avaient essayé // un toit, une danse, un mojito. Poppy donnait l'impression d'être de ceux qui n'acceptaient jamais l'échec, mais la réalité était qu'elle jouissait d'une connaissance acérée en ses propres compétences. Elle sélectionnait ses entreprises avec la méticulosité de sa réputation. Lui, elle ne l'avait pas choisi. Il lui était tombé dessus, et si la question Evie/Greer n'avait pas causé un tel cas de conscience, doublé d'une belle dose de culpabilité affective, elle aurait jeté l'éponge. Cause what they don't say, honey, is you gotta leave the battles you didn't pick.

Elle s'accrochait férocement aux habitudes qu'il lui restait pour compenser celles qu'elle avait dû balayer sous le tapis du salon. Si elle avait veillé à garder le boudoir vide de Kingsley et de tous ceux qu'il représentait au sein de leur éternelle source de grincements de dents, les réveils de Poppy étaient restés identiques, la mise-à-la-porte en moins. Elle avait suivi son propre conseil et était allée goûter, l'occasion se présentant, aux joies d'être l'invitée plutôt que l'hôte. Ça n'avait pas la même saveur. Pas exactement. Elle avait préféré voir la localisation comme facteur unique à l'origine de cette baisse de satisfaction. Le concret, le calculable. Plutôt que le vague arrière-goût de ce qui était à peine perceptible, d'un toit, d'une danse, d'un mojito. Dégoût du superflu. Concret : journal étalé devant elle, "cosy 3rd floor @ 246 charles street" entouré d'une tache de Trafalgar Red de Dior. L'imperceptible : lui, avant qu'il ne pénètre dans la cuisine. Le Globe fut brutalement ouvert à une page différente. Thé vert en main – siroté pendant trop longtemps pour être autre chose que vaguement tiède, mais sur lequel elle se sentit obligée de souffler alors qu'il la contournait. Elle resta stoïque. Veillant à ne pas poser le regard sur lui, mais à émaner une délicate aura positive baignant la cuisine - déesse-mère contemporaine, en tailleur sur un tabouret imitation Starck. Energie bienveillante qu'elle lutta pour maintenir malgré qu'il ait choisi de prendre place aussi loin d'elle que l'architecture le permettait. The tosser. "Hm ?" La question qu'il lui avait envoyée s'écrasa sur le parquet, quelque part entre le comptoir et la table. Elle la ramassa précipitamment. "Tu veux dire, à part le fait que les chefs de parti ont tout simplement saboté Sanders, et que le timing est si mal choisi que c'est à se demander si wikileaks n'est pas du côté du singe ?" Scandale qui, naturellement, avait fait la première page du Globe et s'étendait sur la quasi totalité des encarts destinés à la politique nationale. Encarts que Poppy n'avait même pas pris la peine de parcourir puisque les alertes du New York Times sur son portable lui avaient nourris les détails avant même que son exemplaire du Globe ne quitte les presses. "Et ce pauvre Bern, forcé par pur instinct de conservation à soutenir publiquement Hillary alors que pour la soutenir, elle, leurs supérieurs, complètement biaisés malgré leur obligation légale de neutralité, lui ont volé les chances réelles qu'il avait de poser ses fesses dans le bureau ovale, ça –" ses yeux se posèrent sur le journal, qui s'était malencontreusement vu ouvert sur une large publicité pour un magasin d'appareils de jardinage. Agacée, elle le ferma. Le téléphone de Darcy vibra. "Ça me désespère." Noté, l'énergie solaire de la déesse-mère : pas un franc succès. Poppy toussota, ravalant sa tirade aussi facilement qu'il la lui avait arrachée de derrière les dents. Elle haussa les épaules, whatever, décontraction trahie par le fait qu'elle ne savait pas où poser les yeux. Le journal plié proprement devant elle donnait l'impression qu'elle souhaitait interrompre sa lecture afin de profiter de la conversation matinale de Darcy. Faux. Mais faire marche-arrière serait trop visible. Le téléphone de Darcy vibra une seconde fois. Elle porta son mug girls just wanna have fun(damental rights) à ses lèvres. "Ne laisse pas mon monologue t'empêcher de répondre, surtout," marmonna-t-elle dans sa tasse, désignant d'un vague signe d'index le portable en manque d'attention.  N'importe quelle distraction était bonne à prendre, puisqu'il avait terriblement tendance à en être une.
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MessageSujet: Re: aarpie + all we do is drive   Sam 30 Juil - 4:33

Il penche la tête de côté en trempant les lèvres dans la crème, mouvement non compromettant dont il se contente pour toute réponse. Pour tout dire, il savoure moins le délice sucré qui lui titille les papilles que l’opportunité de la fixer ouvertement – question de politesse après tout, puisqu’elle s’adresse à lui, non ?

Et puis il se rétracte brusquement, alors que s’impose l’idée qu’elle puisse considérer comme un affront qu’il la pousse à parler par pur égoïsme plutôt que par réel intérêt pour ses commentaires. Le liquide valdingue dangereusement à proximité des rebords de sa tasse tandis qu’il se tourne vers le clavier, et il la stabilise en continuant d’écouter d’une oreille, bien que ses pensées soient ailleurs. Ce n’est pas un affront, décide-t-il. Il lui donne juste l’opportunité de s’exprimer sur un thème qui la passionne – et dans lequel il s’immerge nettement moins. C’est une sorte de compromis, non ? Darcy torture sa lippe de ses incisives le temps de soupeser l’argument, puis se dit qu’il serait jugé irrecevable ; et puis l’indécision se mue en rictus agacé adressé à son écran. Depuis quand se pose-t-il tant de questions ? Et surtout, depuis quand la perspective de la contrarier le dérange ? Ils n’ont pas réellement de centres d’intérêt commun et autrefois, il ne se gênait pas pour lever les yeux au ciel afin de manifester son ennui, ou pour l’agacer histoire de lui faire changer de direction. D’un coup, il se sent passablement domestiqué, à se vouloir conciliant même sur des détails dont il est seul à avoir conscience, et le constat n’est pas particulièrement plaisant. Elle commence, mine de rien, à avoir plus d’impact qu’escompté sur ses actions, ses réflexions, et ce sans même le savoir. « Ne laisse pas mon monologue t'empêcher de répondre, surtout. » Il relève les yeux, coupable de s’être montré si distrait après l’avoir abordée, et tente de se rattraper d’un piètre : « Système vicié. C’est désolant – mais c’est un fait. » Un coup d’œil à l’écran du téléphone l’informe de l’auteur du message et il soupire en l’ouvrant de mauvaise grâce. « Je trouve quand même assez ironique qu’en sabotant un candidat qui ne comptait clairement pas la reconduire à son poste, Wasserman-Schultz ait tout bonnement précipité sa propre chute. » Il hausse les épaules, scroll (surprise, le texto parle rencontres, mariage, comme la vingtaine d’autres l’ayant précédé ces derniers jours) et lâche sans trop y penser : « Mais ça me passe un peu au-dessus, au fond, puisque dans tous les cas je ne voterai pas. » Et aussitôt que l’aveu a nonchalamment franchi la barrière de ses lèvres, il se morigène silencieusement. Trop tard pour le ravaler, cela dit. De nouveau, son regard délaisse le téléphone pour chercher celui de Poppy, et il pose la tasse pour se passer une main sur la nuque, mal à l’aise. « Pas que ça m’indiffère de voir l’autre brute briguer la présidence, c’est juste une question de principe. Neutralité politique. » Il balaie la question d’un geste, parce que sujet sensible ; ils effleureraient de trop près les limites du pacte s’ils commençaient à parler croyances. « Mais je ne serais pas contre t’écouter monologuer des heures », qu’il ajoute. Un nouveau texto ponctue ses mots. Il inspire profondément, laisse basculer son cou en arrière. Ses cervicales protestent. « Si je devais me passer de quelque chose, ce serait de ça. » Et pour expliciter, il se lève pour s’accouder à ses côtés pour poser l’objet de ses tourments entre eux. Il l’invite à lire, d’un coup de menton en direction de l’écran, un sourire au coin des lèvres. En guise de contenu, la photo de la fille d’une quelconque connaissance de sa mère, suivie d’un fichu curriculum vitae (ou presque). « Et c’est juste un échantillon. Sur une échelle de 1 à 10, à quel point tu estimes aberrant d’écoper d’un book répertoriant des inconnues sélectionnées en guise de potentielles épouses ? » Son index tape nerveusement contre la surface du comptoir et un pli soucieux lui barre le front. « Apparemment, consacrer mon temps à sauver un mourant n’est pas une excuse suffisante pour échapper à la nécessité de me caser. Je suis supposé piocher celles qui m’inspirent et me présenter à des rendez-vous arrangés. » Sauf qu’il n’a définitivement pas la tête à coopérer. « Oublie les bonnes résolutions, tu as le droit de t’insurger autant que tu en as envie », ajoute-t-il en prenant conscience de leur proximité, à retardement. Un coude sur la table, le corps tourné vers elle, il s’est accordé plus de liberté avec cette simple posture que depuis la fameuse soirée qui a sonné le glas de leur dynamique passive-agressive.
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MessageSujet: Re: aarpie + all we do is drive   Dim 31 Juil - 13:52





Il n'y avait rien à faire, ça ne marchait pas. Poppy était plus ou moins certaine que pour mener une cohabitation saine et satisfaisante, les matins ne devaient pas ressembler à ça. Le thé oscillant dans sa tasse, soutenu par une main tremblante. "Tu-" Respire. Poppy ferma les yeux et se pinça l'arrête du nez pour empêcher la colère de monter jusqu'à ses tempes. Pas de nouveau kitchengate, elle se l'était promis. Par pur intérêt personnel – car, inévitablement, lorsqu'il la poussait dans ses retranchements, il finissait toujours par trouver une faille – elle avait pris la ferme décision de ne plus jamais laisser les mots de Darcy avoir un quelconque impact sur elle. "Hm." Sourire crispé, bref, fake. Paupières closes. "Tu ne votes pas." Elle avait déjà laissé couler le fatalisme idiot de Darcy, son "c'est moche, but it's la fucking vie", philosophie de passivité fainéante qui lui faisait grincer les dents. Remarque que, naturellement, Poppy Sur-la-défensive Peacock ne pouvait s'empêcher d'interpréter comme infantilisante. Comme si elle ignorait que le système politique était gangréné de corruption, d'hypocrisie. Comme si hausser les épaules et refuser d'utiliser son privilège d'avoir une voix justifiait la paresse qu'il nommait pompeusement "principe". "Tu penses que –" elle fit marche arrière. Pas de second kitchengate, remember? Elle voulait lui dire (lui crier) que la neutralité politique n'existait que dès lors qu'on vivait sur une île déserte du Pacifique Sud, qu'elle ignorait comment quelqu'un d'intelligent (d'éminent, même – mais le mot lui aurait brûlé la langue au troisième degré) avait pu en arriver à une telle conclusion, que se taire, selon les lois elles-mêmes, c'était donner sa langue à la majorité, et non au chat… Elle déglutit. A la place, lâcha : "Soit. Mais je te conseille, pour ton propre bien, de ne pas croiser mon chemin le jour des élections." Le ton n'était pas menaçant, plutôt matter of fact. Parce qu'elle faisait des efforts, un travail sur elle-même titanesque, elle évita de poursuivre avec "et idem pour l'entièreté du mandat de 'l'autre brute' s'il devait gagner". Après tout, si l'appartement de Bay Village était aussi cosy que le Globe le clamait, l'avertissement pourrait bien être superflu.

Et puis, bien sûr, il fallut qu'il se lève. Juste quand elle commençait à considérer la distance comme salutaire plutôt que frustrante. Story of her life, Darcy semblant toujours parfaitement deviner ce qu'elle désirait afin d'agir en sens inverse. Lâchant sa main lorsqu'elle voulait qu'il l'empêche de s'enfuir, comblant la distance lorsqu'elle le souhaitait loin, très loin. Poppy reposa son mug sur le comptoir, aussi silencieusement que l'inox le permettait. Tout plutôt que de rendre évidente la colère qu'elle tentait de contenir sous son épiderme. Elle n'en avait strictement rien à faire de son portable, de ses prétendantes – l'idée qu'il se trouve une fiancée fissa, sans même devoir quitter la cuisine, était alléchante, se força à se dire Poppy dont la mâchoire se crispa aussi sec. Elle n'aurait pas à faire ses valises s'il claquait la porte en premier. Tout bénef. A l'évidence, c'était réducteur, irrespectueux, ridicule, et sur une échelle de 1 à 10, elle aurait accordé un 16 à l'aberrance de l'entreprise. Elle roula pseudo-discrètement des orbites lorsque Darcy prononça les mots "consacrer mon temps à sauver un mourant", bien que cette même pensée lui ait traversé l'esprit dès qu'elle avait posé les yeux sur le message exposé entre eux. Elle le fit pour la forme, car si elle ravalait les désaccords sonores, elle n'allait pas se priver de rendre évidente l'irritation physique. Elle aurait très facilement pu sortir de ses gonds. Ses nerfs étaient à vif, ne demandant qu'à pouvoir se répandre sur sa peau. Il était proche, bien trop, et elle ne possédait plus l'option de filer se terrer à l'autre extrémité de la pièce maintenant qu'il avait révélé ses tendances fuyardes. L'odeur masculine sous celle de café rappelait brutalement à Poppy son pull emprunté, la sensation réconfortante du tissu inconnu sur sa peau nue. Elle aurait pu s'emporter. Elle en mourrait d'envie. Mais -

"Tu as le droit de t'insurger autant que tu en as envie". You wish. Ses sourcils se froncèrent, digérant l'affront. Elle n'était pas un pantin. Pas non plus un ensemble de boutons qu'il pouvait presser à l'envie. Elle n'était pas un patient qu'il avait percé à jour, ou un puzzle qu'il avait résolu. Les lèvres de Poppy s'ouvrirent en un rictus sardonique. "Boh, ta mère a l'air d'avoir plutôt bon goût. Visage très symétrique," elle se pencha vers le portable et fit danser son doigt sur l'écran, scrollant les nombreuses informations qui faisaient office de légende au portrait de cette très jolie blonde. Elle retint une grimace de justesse, ignorant pourquoi son ébullition semblait être alimentée par le fait que l'aspirante ait des airs de muse de peintre renaissant et semblait être – coup d'œil à sa bio condensée à l'appui – à tous points de vue parfaite. "Diplômée de Berkeley, fait de la natation…" récita Poppy, en hochant la tête d'un air appréciatif, yeux toujours rivés sur l'écran, faisant défiler la longue liste de données qui, force était de le reconnaître, prouvait un grand sens de l'investigation chez la mère Rowe. "Good Christian," lut-elle tout haut, et, arrivée à cet élément, le regard de Poppy, dégoulinant d'amusement, se fit un plaisir de croiser celui de son colocataire "- mais que veux-tu, personne n'est parfait – bénévolat, aime les animaux…" Tu as le droit de t'insurger autant que tu en as envie. Avait-il vraiment cru que ça fonctionnerait ? "Et elle s'appelle Elizabeth !" s'écria Poppy, ôtant finalement son attention du catalogue de femmes à marier pour l'accorder entièrement au futur époux. "Darcy et Elizabeth, so darn cute ! Je vois le faire-part d'ici, comment ça va encore ? It is a well-known truth that a single man in possession of a good fortune must be in want of a wife?" Amenant son mug à ses lèvres, elle sirota une brève gorgée de thé, noyant son hilarité dans un Oolong à l'arrière-goût amer de rancoeur.  
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MessageSujet: Re: aarpie + all we do is drive   Mar 2 Aoû - 1:39

Les doigts crispés sur la tasse, le souffle retenu puis relâché avec un calme forcé et tous les gestes qui suivent crient l’exaspération qui croît en elle. Et il le savait, Darcy, il l’a su aussitôt que les mots lui ont échappé, qu’il venait de déraper. En réaction instinctive vient la gêne, parce qu’il a comme l’impression d’avoir joué avec les limites, franchi une barrière invisible, ligne rouge vouée à titiller les nerfs de sa colocataire. Gêne d’abord, donc, et il esquisse un changement de sujet, mais lorsqu’elle lutte contre sa nature pour se raccrocher à sa maîtrise de soi, les nobles sentiments se diluent dans une mer d’amusement. Il se mord le côté de la lippe pour le masquer, prend une gorgée dont les arômes lui semblent soudain plus vivaces ; la carapace Poppienne se fissure légèrement ici et là mais elle y plante ses griffes et s’y raccroche fermement pour l’empêcher de s’effriter, visiblement peu encline à lui offrir la satisfaction de la voir céder la première. Et puis elle opte finalement pour la mesure, tout en placidité. « Soit. Mais je te conseille, pour ton propre bien, de ne pas croiser mon chemin le jour des élections. » « Hmhm. » Ça ne veut rien dire, ça ne promet rien, et il grave la date en pensées comme un putain de rendez-vous. Inconsciemment, il s’humecte les lèvres, songe à une Poppy furieuse, dédaigneuse, fougueuse, enflammée par l’agacement que sa seule existence semble constamment menacer de faire éclater. Il pense à combien il était las de tout ça il y a encore quelques semaines, quand les éclats ponctuaient leur quotidien et qu’il n’aspirait qu’à une once de tranquillité quand il délaissait la blouse pour se délasser à l’appartement. A quel point il se morigène à présent de n’en avoir pas vu le potentiel – les explications/tentatives de réconciliation, la tension qui bouillonne sous l’épiderme, la proximité, le dialogue enfin. Il a définitivement mal joué ses cartes en transformant ladite « réconciliation » en vœu d’entente à long terme, puisque maintenant tout est aussi édulcoré et infecte que le Pure Via autour duquel ils se sont un jour disputés. Mais parce qu’il s’aperçoit qu’il tourne en rond à ressasser des faits révolus, Darcy glisse sur un autre sujet.

Est-ce qu’il cherche la bagarre ? C’est la question que lui souffle une petite voix juste là, parce que cette fois il sait qu’il ne s’agit pas d’une maladresse mais d’acharnement. Mais il ne crache pas tout à fait sur les clauses, n’est-ce pas ? Il n’est pas agressif, ne juge pas, ne la critique pas avec tout ce qu’il est ; au contraire, c’est presque une branche d’olivier : un sujet de déplaisir commun. Mais Poppy Contradiction Peacock s’y refuse. « Boh, ta mère a l'air d'avoir plutôt bon goût. Visage très symétrique », qu’elle badine, avant de se fendre de pseudo-compliments mordants. « Je n’aurais jamais cru voir le jour où tu tomberais d’accord avec ma mère », relève-t-il en retour avec un faux détachement. Je crois que je t'en ai longtemps voulu pour ce que tes parents pensent des miens, a-t-elle murmuré dans une autre vie, à la faveur de la nuit, sous couvert d’une promesse de ne jamais reparler de ces échanges. La remarque de Darcy pourrait ou pourrait ne pas être une référence à cette fois-là : pourrait être une pic vouée à se moquer du fait qu’elle préfère se ranger du côté de ceux qui l’ont tant blessée plutôt que du sien ; comme elle pourrait laisser croire qu’il a oublié la blessure avouée et aborde le sujet à la légère. Et de supposer : « Cette Elizabeth doit être assez exceptionnelle pour constituer un terrain d’entente entre vous deux », en se penchant pensivement sur le message, comme pour l’étudier enfin sérieusement. « Maintenant que j’y pense, le timing est idéal. Le Philanthropic Award Gala annuel de Boston a lieu dans quelques jours à peine et elle a le profil de la femme idéale avec laquelle faire face au gratin de la société. » Il pianote sur la table du bout des doigts, soupèse l’idée, hausse les épaules. « A vrai dire j'envisageais de te proposer de m’y accompagner, mais le cliché P&P t’épargne de te retrouver coincée toute une soirée durant entre des requins de la finance, des artistes internationaux, des milliardaires soucieux de leur image, des politiciens en verve et ton humble colocataire, entre autres joyeusetés promises par la liste des invités. » S’ils appartiennent à une classe sociale somme toute respectable, les Rowe ne peuvent se vanter de côtoyer une quelconque élite. Non, le fameux carton d’invitation qui le met dans l’embarras est une gracieuseté d’une ancienne patiente – une épouse de sénateur, que son mentor a pris soin de lui mettre dans les pattes il y a un peu plus de deux ans. C’était un sacré challenge, un dossier qui lui faisait jouer sa carrière : un échec et sa réputation en tant que jeune médecin finissait en cendres ; mais un succès, complété par un suivi irréprochable et une relation de confiance, pouvait lui garantir de quoi booster sa renommée et mettre sa carrière sur de bons rails. En l’occurrence, il a eu droit à la seconde option – personnalité médiatique satisfaite dans la poche, nouvelles opportunités. Incroyablement inquiet de se louper au départ, il a relativement pris le pli, assez pour savoir quelles informations glaner, quelle attitude adopter, à qui parler, qui éviter, afin de ne pas se ridiculiser face à une élite impitoyable. Non, le problème n’est pas l’évènement en lui-même. Son manque de confiance est plutôt relatif au fait qu’il n’a aucune envie de voir des noms connus venir hanter ses dossiers. Trop de pression, à un moment où sa confiance en sa capacité à exceller dans son domaine flanche affreusement. Mais même s'il l'avait envisagé, se faire porter pâle aurait été un affront envers ses bienfaiteurs, et il ne se permettrait pas de cracher sur une chance aussi inespérée.
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MessageSujet: Re: aarpie + all we do is drive   Mar 2 Aoû - 23:21




L'entente des trois mots sacrés changea instantanément la donne. Elle ne chercha même pas à cacher l'effet que les délicieuses syllabes eurent sur elle. Cela ne valait pas l'effort, car malgré le détachement exemplaire dont il faisait étalage, elle se doutait, elle en était certaine, il n'était pas dupe. Car ça, c'était beau, c'était plus grand qu'elle, plus grand qu'eux. Les trois mots qu'elle avait toujours rêvé d'entendre quelqu'un lui susurrer à l'oreille. Trois mots trop importants que pour être lâchés négligemment au dessus d'un comptoir, en dessous d'un désaccord. Trois mots qu'il s'en alla attacher au prénom d'une autre. Philantrophic Award Gala. Deux yeux noisette se plissèrent au dessus d'un Oolong ambré. Elle le fixa sans pudeur, occupée à calculer le potentiel ruse de Darcy. A huit heures du matin. Dans la cuisine. Face à elle. Depuis leur pseudo cessez-le-feu tacite. Résultat d'une trop grande propension à la méfiance ou d'un réalisme brut, peu importe, le fait est qu'elle en vint à la conclusion qu'elle ne lui faisait pas suffisamment confiance pour l'estimer incapable d'avoir prémédité la scène. Le "je t'en prie, insurge-toi" qu'elle lutterait pour contredire, maudite psychologie inversée, piège dans lequel elle s'était ruée de façon entièrement prévisible. Elle ne s'attarda pas sur l'ironie d'une telle théorie, elle refusant qu'il prétende la connaître et, pour le prouver, lui donnant exactement ce qu'il attendait d'elle. Ni sur la façon dont il prononça les quatre syllabes duveteuses d'Elizabeth, qui l'excéda aussi tôt. Poppy chercha dans les traits et intonations de son colocataire, alors qu'il déclamait le programme de ce qui sonnait comme une soirée plus que séduisante, une preuve qu'elle avait raison. Que tout cela était bien un artifice cruel, un trait de son côté du tableau des scores. Ou qu'elle avait tort, savoir qu'elle projetait une carrière de machinations orales sur un Darcy candide. Comme elle ne trouva rien, elle enclencha la procédure habituelle.

"Mais bien sûr, moi, ton plus one, parce que tes parents a-do-re-raient te savoir au Gala avec la méchante sorcière de l'Ouest." Sa voix ne prit pas la peine de se maquiller d'hypocrisie mielleuse. Le simple fait d'imaginer Darcy fouler le marbre du Plaza avec Elizabeth cette cruche à son bras lui ôtait toute envie d'édulcorer. Tant de blondeur, ça en serait ridicule. Good Christian, bénévolat, Berkeley, ça criait de se méfier, ça cherchait un contrepoids. Miss Massachussetts cachait à tous les coups une addiction à l'Adderall ou un casier judiciaire en Pennsylvanie. Mesquines observations qu'elle se garda bien de formuler tout haut, tellement la réplique était évidente. And why do you care? Elle aurait grogné, roulé des yeux au ciel. La réponse était pourtant tout aussi transparente. Parce que Dear Lizzie était douce, blonde, parfaite. A good Christian qui se cherchait un mari. Diamétral opposé de Poppy. Et elle savait que c'était absurde, elle le savait, mais la différence n'en était pas moins cinglante. Une bonne gifle, elle qui, le temps d'un instant (d'une chanson) avait pu croire que – "Enjoy ta soirée avec la femme idéale," c'était petit, hors de contexte, ad hominem, invalide – jouissif "elle sait qu'elle a été choisie sur le catalogue printemps-été des brus parfaites, ou tu lui réserves la nouvelle pour le troisième rencard ?" Le tout déclamé avec un désintérêt exemplaire, prétendant chercher à effacer du bout de l'ongle une tache sur l'arrête du comptoir. Agacée que sa tentative d'échapper à tout eye-contact soit si criante, Poppy décroisa les jambes et se leva d'un bond, traversant la cuisine pour aller vider sa (presque pleine) tasse de thé dans l'évier, avant de la rincer sous un jet d'eau chaude. Elle avait le droit d'être mécontente, s'assura-t-elle, tandis qu'elle s'acharnait sur le bout de céramique. Il n'avait rien fait pour mériter une invitation au Gala, il allait probablement s'y ennuyer à mourir et ne saurait même pas différencier le maire du candidat au sénat. Et de surcroît, il y emmenait cette inconnue aux deux rangées de dents blanches, pour le simple prétexte que son profil succinct la rendait aussi impeccable que soporifique. Car elle répondait aux critères de Momma Rowe. Poppy aurait pu se décrocher une entrée, si seulement elle avait été capable de demander - sourire, insister, ramper. Question de pouvoir, comme toujours. Toute seule, drapée dans sa dominance, sans Gala, sans plus one. La tasse fut déposée sur l'égouttoir, le jet d'eau stoppé. Au moins, la soirée étant officiellement Darcy-free, les anciennes mœurs pouvaient reprendre du service : les filles mettraient de la musique trop fort, Poppy ferait des margaritas, saoules avant 21h, elles iraient danser pieds-nu sur le toit, et – faisant volte-face pour retourner à son éclat de soleil, elle tomba nez à nez sur un post-it à son attention. "Pops - thalasso avancée à ce week-end. Départ vendredi matin". Elle ne put retenir un soupir contrarié. Plaqué contre la bouilloire électrique juste en dessous du premier – défilé canari que seule une concentration totale accordée aux annonces immobilières n'avait pu occulter – un épilogue : "if you get lonely: James 617-555-0012". Instinctivement, sa main se leva jusqu'aux familiers bouts de papier pour les arracher de son bienaimé électroménager et les froisser, mais elle s'arrêta juste à temps, laissant courir son index sur les dix chiffres. "T'es pas le seul à avoir droit à un book, apparemment," et en guise de preuve, le post-it fut décroché et brièvement porté à hauteur de ses yeux pour que Darcy en voie la teneur. "J'ai toujours refusé les blind dates de Greer, mais si tu t'y mets, pourquoi pas moi ? Une expérience commune, c'est bon pour le team building, non ?" Allusion à ce que Greer et Evie n'avaient de cesse de leur répéter, elles qui ne désiraient rien tant que les voir s'entendre à merveille, elles qui rêvaient de vacances en Floride tous les quatre, de dîners hebdomadaires sur le toit, à se raconter chacun leur tour comment s'était déroulée la journée. Poppy avait hoché la tête, mentant en leur promettant que oui, elle essaierait. Car, depuis ces instants volés avec lui qui lui avaient mis le système nerveux en morceaux, les seuls moments qui ne lui donnaient pas l'envie furieuse de déménager, c'était lorsqu'elle se prouvait qu'elle arrivait encore à lui rentrer sous la peau.  


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MessageSujet: Re: aarpie + all we do is drive   Mar 9 Aoû - 0:10

« Mais bien sûr, moi, ton plus one, parce que tes parents a-do-re-raient te savoir au Gala avec la méchante sorcière de l'Ouest. » « Come on, ton intérêt soudain pour leur sensibilité a un parfum d’apocalypse », qu’il rétorque en plissant les yeux, et si le timbre qu’elle adopte suinte le sarcasme, celle de Darcy est toute drapée de satisfaction. Elle ne s’est pas empressée d’affirmer qu’elle ne se coltinerait sa compagnie sous aucun prétexte et – well, pourquoi y voit-il une victoire minime ? Si ce n’est pas pathétique. Il se morigène, se redresse pour instaurer un peu plus de distance entre eux. Parce qu’elle se fiche comme d’une guigne qu’il y aille avec la voisine du dessus ou la concierge édentée – clairement, c’est l’évènement qui l’aurait appâtée, bien plus que la compagnie. Damn, remettre les faits à leur place broie l’égo bien comme il faut. Jusqu’à – « Enjoy ta soirée avec la femme idéale. Elle sait qu'elle a été choisie sur le catalogue printemps-été des brus parfaites, ou tu lui réserves la nouvelle pour le troisième rencard ? » Et si elle mime e l'indifférence de façon convaincante, elle ne s’encombre pas de son émerveillement surjoué. Alors il cherche de nouveau son regard – une ouverture, une piste grâce à laquelle la décrypter – en vain. Mais c’est peut-être une réponse, puisqu’elle opte pour la fuite, et les lèvres de Darcy s’ornent d’un sourire goguenard, dans le dos de Poppy. « Elle a probablement préparé les infos pour les faire passer à sa mère puis à la mienne, après avoir étudié mon profil et bien d’autres. » Pairing étudié, arrangé, rien de bien inhabituel en ce qui le concerne ; il ne serait même pas surpris qu'elle ait mis la main sur ses résultats au MBTI. Elle est précisément le genre de femmes qui ne laissent rien au hasard et dont le plan de vie est calculé à la minute près. Si elle apparaît dans la liste des choix de Darcy, c'est sans doute aucun parce qu'il a su correspondre à certains de ses critères.

Mais ça lui passe au-dessus, ça. Sa satisfaction a une toute autre origine et dure le temps que les bras de Poppy s’agitent dans l’évier, le temps que claque la tasse l’égouttoir, le temps qu’elle se retourne et s’arrête à mi-chemin. Comme le récipient que Darcy a récupéré tandis qu’elle avait le dos tourné, et qui stoppe sa course avant d’attendre ses lèvres. Post-it. Greer. Il n’a pas vu sortir d’amant de la veille – donc ce n’est pas un rappel du prénom soigneusement oublié par Poppy. Et peut-être a-t-il trop bien assimilé la tendance d’entremetteuse de sa coloc’, les Kingsley, les bruns au regard pénérant spécifiquement invités aux soirées à l’appart, les collègues-bien-sous-tout-rapport-que-je-dois-absolument-te-présenter, parce que son corps se braque avant même que la compréhension ne lui électrise les synapses. Réaction inversement proportionnelle au dénouement subtile des épaules de Poppy, et à l’infime plaisir inconscient qui lui détend les commissures, apaisement de celle qui reprend le contrôle, s’apprête à abattre son carré d'As. « T'es pas le seul à avoir droit à un book, apparemment. » Ça pique. Il ne la quitte pas des yeux lorsqu’elle brandit son trophée, pas tout de suite, mais sa volonté finit par flancher et alors qu’elle le nargue, ses prunelles bleues de résignent à se heurter au jaune criard taché de noir, taché d’un nom. James. Ses dents grincent si audiblement qu’il ne peut que se demander si elle l’a perçu – mais c’est physiquement impossible, heureusement – et il lui faut y mettre toute sa maîtrise pour ne pas afficher la mimique écœurée qui lui vient instinctivement. La jalousie se répand dans ses veines comme une langue de feu, mais ses lèvres frémissent pour s’étirer en un sourire crispé. C’est le fond de sa tasse, cette fois, qui claque, sur le comptoir. Il a le choix, alors. « Tu as le choix, alors. » Entre la laisser lui échapper encore, avec détachement, ou insister bêtement, s’acharner inutilement. « Entre une soirée avec un inconnu, once again – parce que rencontré au bar ou grâce à Greer, quelle différence ? C’est toujours la même routine, confortable et facile, une nuit comme tant d’autres au final. » Il n’a pas le droit de faire ça, plusdescène qu’il disait, mais ses pieds sont comme coulés dans du béton, parce qu'il bluffe : c'est différent à partir du moment où elle choisit d'accorder une chance à cet homme sans connaître l'intensité de ses attentes, et quelque chose en Darcy s'offusque, trépigne, rugit. « James, donc. Ou un challenge. » Il arque un sourcil défiant, son index tapote la surface marbrée à un rythme égal. Et il ne devrait pas faire ça, il n’a pas le droit, mais l’une de ses mains lâche prise et rejoint la paume de Poppy, avec le fameux numéro dressé entre eux telle une menace. Il y a toujours quelque chose entre eux – post-it, différends, tous les Kingsley et tous les James que la Terre veut bien porter, et les Elizabeth, tant d’éléments pour nourrir un gouffre béant. En un geste osé Darcy froisse le papier rigide, et plus lentement il rouvre la main, le laisse choir au sol tandis que ses phalanges se déplient, frôlent les lignes de cette main qu’il n’a aucun droit de tenir. Les bulbes de ses doigts se calent aux creux de ceux de Poppy, sans forcer pour les écarter, sans pousser sa chance plus loin. Et parce qu’être si proche et si loin à la fois est étrangement difficile, il aligne leurs joues pour regarder le mur opposé plutôt que ses iris miel, s’adresser à sa tempe plutôt qu’à ses lèvres. « Pros and cons ? » qu’il suggère à voix basse. « Con, bienséance oblige on partagerait au moins une danse. » Un rire léger roule brièvement au fond de sa gorge. « Aussi dramatique que ça puisse être, on sait d’expérience qu’on peut y survivre. Pro – les contacts le valent bien. » Il lui libère la main pour alléger la pression. « Contacts professionnels, s’entend », précise-t-il pour étouffer le physique que son timbre pouvait sous-entendre. « Con, on aurait potentiellement mille et une raison de s’étriper, sans aucune réelle occasion de le faire. » Il hésite, son assurance est tout à fait feinte lorsqu’il ajoute : « Surtout si, admettons, je t’emmène manger quelque part en fin de soirée pour compenser le cocktail dinatoire frugal, que tu commandes quelques feuilles de laitue sèche et moi une inacceptable portion de protéines animales. » Ou comment noyer une proposition de rendez-vous sous des divergences d’opinion et se donner l’occasion de croire, en cas de refus, que le problème vient de la viande, pas de lui. Ah, désillusions. « Pro, toute cette tension accumulée pourrait être mise à profit pour une after. A l’Emerald Lounge, ou ici, ou les deux. Avec James – » il s’interrompt un instant, se jette à l’eau, envoyant paitre conscience et orgueil d’un même mouvement – « ou avec moi. » Il laisse les mots flotter entre eux, une seconde, deux, pas plus, parce que son cran détale, qu’il flanche. Regrette déjà. « Con, j’aurai manqué une parfaite occasion d’éblouir la parfaite Elizabeth, et les projets de bagues, d’hôtel et de robe blanche se verront contrariés. Can you keep a secret ? » Il inspire un grand coup et recule pour lui faire face après avoir placardé un sourire tranquille, comme s’il ne venait pas juste de se rendre vulnérable, comme si un refus importerait peu. « Je n’envisage pas vraiment – pour ne pas dire vraiment pas – de me marier, et ce serait sûrement une BA louable que d’éviter à Elizabeth un faux espoir. »
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MessageSujet: Re: aarpie + all we do is drive   Lun 15 Aoû - 17:53




La mâchoire de Darcy était tellement tendue qu'on aurait pu y aiguiser un couteau. Poppy eut presque peur que sa victoire n'aille s'égratigner sur ses arrêtes. Car malgré les cessez-le-feu timides, amateurs, c'était ce dont il avait toujours été question, non ? De victoire. Combat de pouvoir, asseoir sa dominance sur une cuisine bien trop petite pour contenir les non-dits. Elle se délecta une seconde du silence violent de son adversaire. Elle avait retenu sa leçon, cette fois. Savourer tant que cela durait. Tout triomphe était passager, et il s'était avéré plus sournois qu'elle. Alors qu'elle s'était toujours contentée de le repousser en bloc, de battre en retraite lorsqu'elle se sentait vaciller, Darcy faisait dans les coups bas. Les pulls prêtés, les déclarations cryptiques, une main voletant autour de sa hanche, les yeux fermés… Les armes, en était-elle venue à conclure, de celui qui se pensait – se savait – irrésistible. Qui glissait ses doigts contre les siens une seconde pour lui exhiber Elizabeth sous le nez la suivante. A vrai dire, j'envisageais de te proposer de m'y accompagner. Poppy ne s'était même pas arrêtée un instant pour se demander ce qu'il espérait accomplir en jouant avec ses nerfs plutôt qu'avec ses principes, car chaque théorie lui ayant brièvement effleuré l'esprit l'écœurait davantage que la précédente. Le constat était le même : elle lui en voulait, plus que tout le reste, de l'avoir accoutumée à cette électricité . Elle qui s'était si aisément contentée des étincelles familières et agréables que les Kingsley et autres James de la ville avaient à lui offrir. Puisque Poppy avait enfin le dessus, elle se fichait de savoir qu'elle avait obtenu le contrôle de la situation en recourant aux mêmes dirty tricks que Darcy. Juste rétribution pour le dernier épisode de la cuisine où, certes, il avait été le premier à mettre les voiles, mais pas avant de lui avoir arraché quelques larmes et une voix tremblante. Qu'il aille à ce maudit gala avec Elizabeth. Elle s'en fichait. Qu'il s'en aille socialiser avec sa figurine de carton de la femme idéale, derrière la surface de laquelle se cachait plus que certainement une lionne avec laquelle il peinerait à composer (car, de savoir que Miss Monde avait sélectionné Darcy après avoir étudié plusieurs CV lui donnait tout à coup un statut de go-getter minutieuse que Poppy ne pouvait s'empêcher de respecter). Qu'il assortisse sa cravate au fourreau de madame, elle n'en avait rien à faire. Car il était entièrement possible que, dansant avec Lizzie sur une mauvaise reprise d'Etta James, les pensées de Darcy s'en aillent divaguer vers un post-it et cinq lettres griffonnées sur sa surface. Peut-être, si elle s'accordait le temps de goûter à ses implications, que cette incertitude valait autant qu'une invitation. "Tu as le choix, alors." Et sa voix avait le ton impertinent de celui qui n'avait pas encore compris qu'il avait perdu cette manche, que tout ce qu'il lui restait à faire était tourner les talons. Elle qui se targuait de maintenir Darcy au statut d'étranger, elle connaissait pourtant ce regard. Not going down without a fight.

Et bien sûr, parce qu'il pensait faire jouer ses cordes avec l'aisance du puppetmaster, il brandit le mot 'challenge'. Et bien sûr, parce qu'il la connaissait bien mieux qu'il ne le croyait, la grossière tentative fonctionna. Asshole. Le staccato enrageant de l'ongle de Darcy contre le plan de travail manqua de peu de pousser Poppy à envoyer valser sa tasse vide sur le carrelage. A la seconde où elle vit approcher sa main, elle sut que toute trêve fictive avait été réduite en cendres. Bay Village n'avait jamais paru aussi alléchant. Elle tiqua audiblement lorsque James s'écrasa sur le sol immaculé de la cuisine, agacée autant par l'insolence de Darcy que par propre absurdité – sachant pertinemment qu'une démonstration d'indifférence l'aurait tout autant énervée. Les yeux de Poppy, volontairement distants, s'en allèrent voleter au loin et rencontrèrent leur reflet dans la fenêtre, de l'autre côté de la pièce. La ressemblance était frappante. Une biche prise dans les feux d'un 4x4. La peau tiède de Darcy rencontra la sienne, et elle le vit distinctement. La façon dont sa propre mâchoire se raidit. Fan-fucking-tastic. Elle le laissa finir, poings serrés contre les cuisses, car son reflet ne lui permettait pas de se faire des illusions quant à ce dont elle aurait l'air si elle le repoussait d'un coup sec et lui donnait ainsi l'occasion de lui faire face. Pommettes rosées, regard flou, souffle court. Elle ne se retint que de justesse de lever les poings contre lui pour le pousser loin d'elle – et elle se fit violence afin d'ignorer les autres raisons qu'elle aurait de vouloir nouer ses phalanges fébriles dans le t-shirt de Darcy, inspirées par les syllabes graves bien trop proches de son oreille – "et ce serait sûrement une B.A. louable que d'éviter à Elizabeth un faux espoir." Aussi facilement que ça, le choix était fait. Ses paumes crispées le repoussèrent subitement, tandis qu'elle se laissa choir contre le plan de travail plus qu'elle ne fit un réel pas en arrière. Ses dents étaient serrées lorsqu'elle lâcha "En gros, tu me parades." Et la scène entière avait un tel goût de déjà-vu qu'elle faillit s'étouffer avec les flash-backs. "Laisse-moi deviner : une photo malencontreuse de toi et moi dans les pages culturelles du dimanche ? Ou le maître d'hôtel du restaurant se trouve être Mr Barclay du bout de la rue ?" Voisin d'enfance qu'elle avait toujours détesté – fourrant son nez partout où ça ne le regardait pas, très proche en cela de Momma Rowe elle-même. Oh, certainement, Darcy et Poppy lui donneraient de quoi alimenter le gossip mill de la rue pour les deux années à venir. "Car si Elizabeth est la femme idéale, qu'est-ce que ça fait de moi, exactement ? Le drop-out tatoué que Prom Queen exhibe devant ses parents en preuve de sa rébellion ?" Confiance en elle feinte, chancelante, un bref toussotement pour lutter contre la voix étranglée que les mots de son colocataire lui inspiraient. Et ce serait sûrement une B.A. louable que d'éviter à Elizabeth un faux espoir. Elle n'aurait pas dû considérer cela comme un affront, comme une douche froide, comme une moquerie. Si d'aventure Poppy choisissait de s'essayer à l'honnêteté avec elle-même, elle aurait facilement pu reconnaître que l'annonce du fait qu'il ne désirait en rien épouser Miss Monde aurait dû être satisfaisante. Pourtant, depuis leur cessez-le-feu sur le toit, depuis la proximité et les espoirs, tout, y compris son silence, semblait se rire d'elle. Elle aussi, elle l'avait, ce regard. Not going down without a fight. Elle laissa carillonner un rire silencieux entre les quatre murs qui les maintenaient ensemble. "Tu n'as pas la moindre idée de ce dans quoi tu t'embarques." L'acier sur sa langue s'était fait miel. Ils étaient deux à peu importe quel était ce jeu auquel il s'obstinait à jouer. Tête sur le côté, elle fit un pas vers lui, puis un deuxième, et son index se mit à courir le long du bras de Darcy avant même de pouvoir s'en empêcher. "Ton plan comporte un sérieux défaut." Sa voix est à peine plus qu'un chuchotement alors qu'elle songe tout haut : "Nous deux, rentrer dans l'appartement vide après une longue soirée et plusieurs coupes de champagne, sans Evie ni Greer pour nous –" elle esquissa un rictus amusé "séparer… Ça pourrait être, hm - brutal." Levant lentement les yeux pour croiser ceux de Darcy, elle prit sur elle pour maintenir sa contenance en place. Pour ne pas fermer les paupières, humer un peu plus fort l'odeur masculine qui lui polluait les sinus. Revoir la lueur orangée des lampadaires sur sa chambre sombre.  


 
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